JOHANNESBURG 2002 - 26/08 - 04/09
Dossier :
Un sommet décevant
Du 26 août au 4 septembre,
plus de cent chefs d'Etat et de gouvernement de la
planète se sont retrouvés en Afrique du Sud, à Johannesbourg,
pour un nouveau
Sommet de la Terre. En 1992, le sommet de Rio avait adopté un
"Agenda 21" pour
un développement durable, c'est-à-dire un développement des
activités
économiques et humaines qui préserve l'avenir des générations
futures et de leur
environnement. Mais le sommet de Johannesbourg, censé définir
les modalités
concrètes de mise en uvre de l'Agenda 21, s'est conclu sur
un plan d'actions bien
peu ambitieux.
Dix ans après le sommet de Rio, la
rencontre de Johannesbourg a paru bien décevante.
Le président français Jacques Chirac a toutefois estimé que,
en dépit de ses résultats limités,
le sommet de la Terre à Johannesbourg, constituait "un pas
dans la bonne direction".
"Les textes ont une portée limitée peut-être, mais ils
marquent incontestablement une prise de
conscience et une avancée".
Le président français a plaidé pour un contrôle du développement,
notamment en évoquant
"un prélèvement de solidarité sur les ressources
qu'engendre la mondialisation, afin de
financer le développement et la maîtrise des fléaux liés à
la globalisation". "Une sorte de
taxe Tobin qui ne dirait pas son nom", souligne Le Figaro, même
si celle-ci est jugée
inapplicable par le président. Jacques Chirac a ensuite réaffirmé
la nécessité d'une
organisation mondiale de l'environnement et d'instances de contrôle
par les pairs.
Parmi ce que l'on peut considérer comme des acquis, l'annonce
par trois nouveaux pays
-le Canada, la Russie et la Chine- de la ratification du
protocole de Kyoto. Signé jusque-là par
81 pays, ce plan de limitation des émissions de gaz à effets de serre devrait permettre
de réduire de 5,2 % ces émissions avant 2015. Deux bémols :
les Etats-unis, qui
sont les plus gros pollueurs et dont le président Bush a refusé
de
participer au sommet, refusent toujours de ratifier ce protocole
;
et le développement
des énergies renouvelables n'a pas trouvé d'écho suffisant
pour faire
l'objet d'un engagement chiffré et daté.
De véritables avancées semblent toutefois marquer le domaine de l'eau, qui paraissait le
sujet le plus consensuel. Aujourd'hui, plus d'un milliard de
personnes n'ont pas d'eau
potable. En 2015, la moitié d'entre elles devraient y avoir accès.
Le nombre de personnes
privées d'accès à l'assainissement (plus de deux milliards)
devrait également être réduit de
moitié. Rappelons que 2,2 millions de personnes, dont de
nombreux enfants, meurent
chaque année de diarrhées provoquées par des eaux polluées.
Les projets seront montés par les grandes entreprises du secteur
et les organisations non
gouvernementales et soutenues par des fonds publics. "L'Onu
a approuvé et publié plus de
200 partenariats entre entreprises, ONG, institutions
internationales et Etats, qui visent à
réaliser des actions de développement durable, explique Le
Monde du 2 septembre.
Les ONG dénoncent, quant à elles, "la privatisation de
l'eau, bien commun de l'humanité".
Entre Rio et Johannesbourg, des avancées en matière de santé peuvent être notées,
souligne Libération du 4 septembre, comme l'accord sur les médicaments
génériques contre
le sida avec les grands laboratoires pharmaceutiques ou la mise
en place du Fonds mondial
contre le sida, même s'il n'a récolté qu'une maigre part des
fonds qu'il devait recevoir.
Le journal rappelle que,
sur les 17 millions de personnes qui meurent de maladies
infectieuses chaque année, 90 % sont dans les pays du Sud. Dans
le même temps, le Nord
accapare 82 % du marché mondial des médicaments.
A Johannesbourg, le projet, porté par les pays du Sud, d'un fonds mondial de vaccination
et d'achat de génériques a fait long feu. Bruxelles devrait cependant dégager
400 millions d'euros pour un fonds d'essais cliniques pour les
maladies contagieuses en
Afrique subsaharienne.
En matière d'accès
aux soins, les Etats-Unis
et le Vatican ont refusé qu'ils soient
subordonnés au respect "des droits de l'homme et des libertés
fondamentales", craignant
que cela ne constitue un encouragement à la contraception et à
l'avortement.
Le paragraphe du Plan d'action visé par cette modification
appelle à "renforcer les moyens
dont disposent les systèmes de santé publique pour fournir à
tous des services sanitaires
de base efficace... en respectant les législations nationales,
culturelles et religieuses".
Or certaines délégations, comme le Canada, s'opposaient à
cette référence aux valeurs
religieuses et culturelles qui pourrait justifier des pratiques
comme l'excision et proposaient
une référence aux "droits de l'homme".
Par ailleurs, le principe de précaution -qui
permet à un Etat de restreindre une activité ou
un produit en l'absence de certitude quant à son innocuité-
s'applique désormais au
domaine de la santé, souligne Le Figaro du 4 septembre.
Dernière modification: 04/09/2002
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