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6ème Conférence des Ministres Européens Responsables de L'Aviation Civile / 2000
Le FIGARO 26/01/00

LE RAPPORT CATASTROPHE DES AIGUILLEURS DU CIEL

Jean-Paul CROIZE


Le trafic aérien a été multiplié par deux au cours des dix derniéres années et il doublera encore d'ici à 2015.
- De sorte que, à niveau de sécurité équivalant à celui d'aujour'hui, le monde risque de bientôt connaître un accident majeur par semaine : c'est ce qu'affirme, en substance, une étude que le Syndicat National des Contrôleurs du Trafic Aérien (SNCTA) va présenter à Bruxelles, vendredi, à l'occasion de la sixiéme conférence des ministres européens responsables de l'aviation civile. Tout en établissant une relation alarmante entre l'augmentation du nombre de vols quotidiens et la quantité "d'air-prox" (approche dangereuse entre deux avions en vol) enregistrés dans l'espace aérien, le document dénonce les projets que doivent ratifier les 36 états membres de cette conférence.
- Ces projets, estiment les syndicats, sont davantage axés sur la résorption des retards croissants que sur un véritable renforcement des mesures de sécurité. "En 1936, 1,1 million de vols ont été traités en France. L'an dernier, ce chiffre a atteint 2,4 millions. En 2015, il devrait s'élever à 4,8 millions", annonce le préambule de l'étude.
- Pour qu'une telle augmentation soit absorbée efficacement, "une vision européenne s'impose et justifie une recherche active d'harmonisation". Poursuit Guillaume BLANDER, secrétaire national du SNCTA. Mais il dénonce, en outre, le fonctionnement "ni efficace ni adapté" d'Eurocontrôle, la structure mise en place pour tenter d'atteindre ce but.
- Vendredi, plusieurs syndicats européens de contrôleurs aériens vont ainsi manifester à Bruxelles pour dénoncer la politique prônée par cette organisation dont les bases ont été jetées dés 1960 par la France, la Belgique, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Luxembourg : parvenir à une gestion supranationale de l'espace aérien supérieur, celui situé au-desus de 8.000 m. d'altitude.
- Mises en application à partir de 1995 seulement, les mesures pour harmoniser la régulation du trafic permettent aujourd'hui à l'autorité centrale d'attribuer partout en Europe les créneaux de décollage.
- Mais celà semble loin de suffire aux professionnels, qui dénoncent tout à la fois " l'inéfficacité technique et opérationnelle" d'Eurocontrôle, et sa " dépendance croissante " vis-à-vis des compagnies aériennes qui l'améne à se préoccuper davantage d'économie que de sécurité.
- Les syndicats de contrôleurs aériens émettent deux griefs à l'encontre d'Eurocontrôle : ils reprochent à l'agence, qui emploie 2.000 personnes, d'être devenue " une énorme machine qui consacre autant de temps à justifier son existence qu'à travailler à une meilleure harmonisation technique".
- L'étude du SNCTA estime que cette entité s'est " coupée des réalités opérationnelles en travaillant uniquement avec ses propres experts, trop éloignés des secteurs de contrôle où seule importe la décision en temps réel".
- Plus grave encore, cette institution est présentée comme de plus en plus " perméable aux groupes de pression " : les syndicats dénoncent notamment la création, au sein d'Eurocontrôle, de deux commissions d'arbitrage au rôle, selon eux, néfaste.

- L'une des commissions est accusée d'avoir permis aux représentants des compagnies aériennes de faire peser lourdement leur avis sur les projets globaux de nouvelle réglementation de la sécurité aérienne qui doivent être avalisés à Bruxelles.
- Ceux-ci privilégieraient essentiellement la lutte contre les retards des avions et prôneraient la privatisation des services de contrôle afin d'en réduire les coùts et donc d'améliorer le prix de revient du transport aérien.
- Selon les chiffres avancés dans l'étude, " la saturation du système de contrôle de l'espace aérien a bon dos " : avancée pour expliquer 64 % des retards subis par les voyageurs, elle ne concerne en réalité que 28 % des problèmes.

- L'autre commission, plus spécialement chargée d'harmoniser les relations entre l'aviation civile et militaire, est présentée comme " une coquille vide " incapable de demander aux forces armées et notamment à l'armée de l'air qui dispose de plus de 70 % de l'espace aérien, de céder une part de ce domaine (dont il n'a utilisé que 67 % l'an dernier) au secteur privé.

- Soulignant que " 12 jours de trafic civil sont équivalents à une année de trafic militaire " le syndicat estime " indispensable d'optimiser la gestion de l'espace aérien en fonction des besoins réels de l'Aviation civile et de la Défense ". Les représentants des 36 membres de la Conférence européenne de l'aviation civile doivent approuver, vendredi, un renforcement des pouvoirs d'Eurocontrôle favorisant une réduction des retards, le SNCTA estime qu'il serait " irresponsable de considérer la sécurité comme définitivement acquise ".

Il réclame une nouvelle amélioration de celle-ci sans laquelle " l'occurence d'une catastrophe aérienne sera bientôt telle que le transport aérien perdra la confiance du public ".

A RETENIR:

- Le trafic aérien, qui a doublé en quinze ans, sera multiplié par deux d'ici à 2015.

- Les approches dangereuses entre avions ont augmenté de plus de 50% l'an dernier en France.

- Le contrôle aérien n'est responsable que de 28% des retards aériens, le reste provenant de la saturation des voies réservées aux avions civils.