Yves Cochet propose une solution alternative au projet de troisième aéroport parisien LE MONDE | 25.10.01 | 15h43
Il y a un an , l'affaire du troisième aéroport parisien était un casse-tête pour le gouvernement. Elle le reste aujourd'hui. Mercredi 24 octobre, 9 h 15, Pierre Zémor, président de la Commission nationale du débat public (CNDP), qui a conduit la concertation du 5 avril au 18 octobre, remet son rapport à Jean-Claude Gayssot. Le ministre de l'équipement et des transports publie, une heure après, un communiqué affirmant que la construction d'une nouvelle plate-forme est "indispensable", reprenant ainsi les conclusions du conseiller d'Etat. Deux heures plus tard, à l'issue du conseil des ministres, Yves Cochet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, propose "une solution alternative", supposant "une réelle politique volontariste du gouvernement".
Le 26 octobre 2000, le premier ministre arbitrait en faveur de M. Gayssot en annonçant la volonté du gouvernement de construire un nouvel aéroport dans le Bassin parisien. Dominique Voynet, alors ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, qui était ouvertement contre, obtenait sur le fil que l'opération fasse l'objet au préalable d'un débat public. Le gouvernement devait initialement prendre sa décision avant la fin de l'été 2001.
Octobre 2001, rien ne dit que, compte tenu de la conjoncture politique et économique, M. Jospin décide rapidement d'engager un chantier qui coûtera 50 milliards de francs (7,6 milliards d'euros). La bronca des riverains potentiels qui s'est manifestée au cours des rencontres du débat public renforce l'idée qu'il est urgent d'attendre, de laisser passer les prochaines échéances électorales. Surtout que la majorité gouvernementale est divisée sur la question.
En règle générale, les élus d'Ile-de-France sont favorables à un troisième aéroport en dehors de leur région et ceux des sites candidats y sont opposés.
"UN COUVRE-FEU À ROISSY"
M. Gayssot reste à son idée première. Le ministre s'appuie sur la conviction que "le secteur aérien connaît aujourd'hui une crise conjoncturelle, et non structurelle, qui ne remet pas en cause les hypothèses de croissance à l'horizon des vingt prochaines années". Aussi demande-t-il "des mesures immédiates de préservation foncière". Il assortit sa position de garanties, "données par loi", sur la maîtrise de l'urbanisation et les impacts du bruit et de la pollution sur la santé et l'environnement. Il souligne la nécessité d'"une nouvelle conception de l'aménagement" du futur aéroport, qui doit être "mieux intégré à son contexte local", et d'organiser "une consultation et une concertation tout au long de la vie du projet".
M. Cochet tient un tout autre discours. Louant la "formidable participation citoyenne" au débat public, il est circonspect sur un rapport "aux conclusions tendancieuses". Le ministre Vert est catégorique : "L'opportunité n'est pas démontrée et l'est encore moins dans la conjoncture actuelle", après les attentats aux Etats-Unis. Mais l'ancien député du Val-d'Oise, département où est installé Roissy-Charles de Gaulle, connaît la congestion de cet aéroport et mieux encore la saturation des riverains.
Le ministre souhaite d'abord "un engagement immédiat de l'Etat", pour régler la question de l'aéroport Charles-de-Gaulle. "Il faut déplacer rapidement le fret aérien à Vatry (Marne), instaurer un couvre-feu à Roissy et limiter cet aéroport, non pas en terme de passagers mais en terme de mouvements", estime-t-il. Et ce, dans un délai n'excédant pas cinq ans quand la contraction d'un troisième aéroport en prendrait près du triple. Une fois cette mesure d'urgence adoptée, si possible avant la présidentielle et les législatives, le ministre préconise d'engager "deux ou trois expertises internationales afin de mieux cerner l'évolution du trafic aérien dans les prochaines années".
"La décision de l'implantation d'un troisième aéroport est capitale : elle ne peut se prendre dans la précipitation car elle engage l'aménagement du territoire pour un siècle, souligne M. Cochet. Veut-on vraiment le construire dans le Bassin parisien et que cette région compte vingt millions d'habitants en 2030 ? Ne doit-on pas plutôt rééquilibrer le territoire et favoriser les dessertes régionales comme le font nos voisins ?" Il se déclare en phase avec Gérard Collomb, le maire socialiste de Lyon, qui plaide pour l'extension de Saint-Exupéry.
RÉUNION DANS TROIS SEMAINES
Selon M. Cochet, le transfert du fret à Roissy et un rééquilibrage régional coûteraient 5 milliards de francs (760 millions d'euros), soit dix fois moins qu'une nouvelle plate-forme. "La différence permettrait de désendetter la SNCF et le Réseau ferré de France et d'engager, ainsi, des investissements en faveur du fret ferroviaire et de nouvelles lignes de TGV", conclut-il. Une réunion interministérielle est prévue sur cette question dans trois semaines.
Benoît Hopquin et Marcel Scotto
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.10.01